Artiste : Par les Villages - Toutito Teatro- Compagnie Lolita Espin Anadon
Agriculteur : La ferme du Mesnil, Saint Denis le Vêtu, Cécile et Gonzague BRIONNE• La Prioudière, Montpinchon, Marie et Pierre ALLAIN - La ferme du Guérin, Belval, Maryline et Frédéric BLANCHARD - La ferme du pont de Vesly,Savigny, Thierry, Bruno,Noël LARSONNEUR
Projet à venir

LE PROJET ARTISTIQUE ET HUMAIN

Un processus artistique fondé sur l’échange, rayonnant du geste agricole au geste théâtral.

Prenant appui sur ce matériau commun qu’est le corps impliqué, la recherche consiste à dégager la force vitale, la beauté, l’âpreté et la poésie contenues dans les gestes du travail agricole, afin de :

 Rendre hommage à ces femmes et à ces hommes, agriculteurs et éleveurs, qui par leur travail inscrit dans les cycles de la nature, nourrissent leurs « frères humains ».

  • Créer des ponts authentiques entre deux mondes, le monde agricole et celui du spectacle vivant, qui œuvrent, malgré les aléas, pour une même cause humaine.
  • Inciter le public à la réflexion par un regard attentif, lucide et interrogatif sur le travail paysan.

Ce projet est inscrit dans un territoire précis du département de la Manche : le canton de Cerisy-la-Salle, où la compagnie Par Les Villages, installée depuis 10 ans a tissé des liens privilégiés avec les acteurs de la culture et ceux de l’agriculture. Quatre fermes participent au projet : la ferme du Mesnil, la Prioudière, la ferme du Guérin, la ferme du pont de Vesly.

Dans le but de mettre en commun leurs outils spécifiques (théâtre conté avec marionnettes, théâtre gestuel, danse et musique) pour chercher ensemble et enrichir la rencontre avec le public, trois compagnies ont fédéré leur énergie.

Des rendez vous se sont multipliés au fil des mois nourrissant les travaux de nos laboratoires :

  • Une première visite dans les quatre fermes concernées, permettant à tous les participants au projet de faire connaissance, en novembre 2014.
  • Deux sorties théâtrales : l’une en janvier à saint Lô pour découvrir la création de Lolita Espin Anadon, Des Aimants, l’autre en février, à Hebecrevon pour Monsieur M de Toutito Teatro.
  • Des moments de découverte mutuelle, d’échanges, d’observation et de collectage des gestes (matériau de base, commun de notre recherche) dans les 4 fermes concernées, dès mars
  • Deux Ateliers partagés avec les acteurs des fermes (agriculteurs et leurs employés ou stagiaires, leurs enfants quand ils en ont, et leurs proches, curieux d’y participer), en mai et juin.
  • Quatre performances ponctuelles, appelées Impromptus programmées sur les sites au fil des mois : lectures, scènes de théâtre gestuel, pièces de danse, moments musicaux (programme et date établis en partenariat avec les 4 fermes). Chaque impromptu  suivi d’un repas simple et convivial, (participation collective), donnant lieu à discussion.

Les impromptus

 Une intervention improvisée le jour même, par deux personnes de l’équipe a eu lieu dans chacune des quatre fermes. Ces soirées ont ponctué les mois pour ne pas laisser se distendre les liens qui se tissaient. Elles ont permis aux différents partenaires de rencontrer les univers de chacun des artistes. Les invitations concernaient en priorité les amis des hôtes. Chaque soirée a réuni une trentaine de personnes, et se prolongeait par un repas participatif. Le contenu variait selon les artistes intervenants.

 En Mars, une lecture d’extraits du texte Joseph de Martine Lafon, accompagnée d’univers sonores et de séquences théâtralisées, a été présentée par Sandrine Nobileau et Hélène Phillipe, à la ferme de la Prioudière. 

En avril, ce fut une soirée d’improvisations dansées en musique « live », proposée par Lolita Espin Anadon et Franck Bourget, à la ferme du Mesnil.

En mai, c’est Franck Bourget et Hélène Phillipe  qui animaient une soirée de chansons sur les saisons au Gaec du pont de Vesly. Ce fut l’occasion de faire découvrir l’univers des marionnettes et de présenter la marionnette Camille.  

En août,  la mise en valeur humoristique et participative de la ferme du Guérin a été imaginée et orchestrée par Lolita Espin Anadon et Sandrine Nobileau. Une soirée inoubliable au cours de laquelle les « spectacteurs » ont beaucoup ri.

Ces soirées joyeuses et simples ont contribué à resserrer les liens et conforter la confiance et l’envie de mener à bout le projet.

  • le vendredi 18 septembre 2015, a eu lieu la première rencontre avec le public à la ferme du Mesnil chez Gonzague et Cécile Brionne. Le temps météorologique avait été grincheux toute la semaine précédente, le sol était boueux, l’herbe détrempée et il s’est avéré indispensable d’opter pour un lieu de repli abrité mais plus exigu que celui initialement choisi : une ancienne stabu servant actuellement à entreposer les cagettes et à faire sécher les oignons. Le matin l’aménagement a été programmé : vidage des cagettes, balayage, et installation des palettes pour disposer des bancs en gradins…les hôtes attendaient une soixantaine de personnes, il en est venu 80 environ. Dès les premières minutes les spectateurs sont partis dans l’aventure, réagissant joyeusement ou avec gravité selon les moments, mais avec enthousiasme tout au long de la soirée.
  • C’est ce même enthousiasme qui a été partagé au fil des autres présentations :

Le samedi 19 septembre à midi à la Prioudière, environ 70 personnes.

Le samedi 19 septembre soir à la ferme du pont de Vesly, environ 150 personnes.

Et le dimanche 20 septembre à 15h (après le repas) à la ferme du Guérin, environ 210 personnes.

 Coté public, plaisir partagé :

  • de retrouver les gestes quotidiens du travail : la traite, le raclage, le repiquage, la récolte, le nettoyage des bottes…transposés par la magie de la scène.
  • de revivre avec cette même distance les moments de repos : la cigarette qu’on « grille » avec délice après l’effort, le bol du café pour démarrer la journée, ou l’assiette qu’on lèche goulument après le boulot,
  • de rire des transpositions bouffonnes de certaines situations : la crainte du vétérinaire de prendre un mauvais coup au moment d’un vêlage, la difficulté du néophyte à nouer un élastique sur une botte de radis, ou encore la maladresse de l’apprenti qui pose une clôture pour la première fois, le pathétique de la cantatrice qui chante en langage « porcin ».
  • de rêver avec les artistes de plateau sur la poésie de ces travaux : la danse des bottes, la chorégraphie de la fabrication du fromage.
  • de se reconnaître parfois dans la gestuelle détaillée d’une personne au travail. Découvrir alors avec émotion qu’au fil des mois le travail des acteurs de plateau a été imprégné par la personnalité les acteurs de la ferme; la gestuelle n’était pas « capturée » seule, en tant que telle, mais avec elle, l’état d’esprit dans lequel s’accomplissaient les tâches.
  • d’acquiescer à un propos : parfois une phrase ponctue une séquence, comme par exemple, à la fin de la scène de la traite, le constat : « et ça 365 jours par an, matin et soir, pas de samedi et pas de dimanche ». À l’issue de la présentation, un spectateur, éleveur lui-même commente : «eh bien ça,  ça méritait d’être dit et ça a été dit ».
  • d’apprécier le travail musical. Les différents styles de musique proposés en fonction des moments et des propos accompagnent les corps en mouvements, contribuant à la lisibilité et apportant parfois une pointe d’humour appréciable.
  • D’être touché par l’évocation des jeunes d’aujourd’hui (incarnés par une marionnette et des voix), portant un autre regard sur le monde agricole et se laissant séduire par lui. Des témoignages recueillis à propos des visites fréquentes de classes dans les fermes ont nourri l’écriture de ces séquences.

Coté plateau :

  • Venus d’horizons divers, une danseuse, une comédienne, une comédienne marionnettiste et un musicien faisaient le pari d’inventer ensemble un langage porteur de sens et d’émotions mêlés.
  • Les méthodes d’approche en atelier de recherches comme l’analyse des improvisations étaient à réinventer ensemble pour donner corps aux idées d’origine. L’énergie déployée, les convictions personnelles, l’écoute et la solidarité ont constitué petit à petit un ciment solide rendant possible l’élaboration du projet.
  • Le plaisir partagé entre les quatre protagonistes a achevé de souder la bâtisse.

 Le projet initial atteignait donc ses buts  à l’issue des quatre présentations dans les quatre lieux différents :

  • Rencontre entre le monde de la ferme et celui de la scène : des relations authentiques se sont développées au fil de la recherche.
  • Mise en lumière et valorisation du travail agricole.
  • Questionnement actif sur le monde agricole aujourd’hui : prendre conscience de la valeur humaine universelle que porte ce déploiement d’énergie, de don de soi et souvent de beauté dont l’objectif  au bout de la chaine est tout simplement de vivre et faire vivre.  S’interroger sur l’isolement, voire l’incompréhension, subi par bon nombre de paysans, par méconnaissance ou mépris. 
  • Questionnement actif sur le sens possible à donner au travail artistique : garder contact avec le quotidien, voire s’en inspirer, sans complaisance, pour donner corps à la création ; laisser libre court à l’imaginaire, tout en tissant des liens avec le monde du travail, public potentiel trop souvent négligé.
  • Bien fondé du repas participatif qui ponctuait chaque séance ; tous les spectateurs et les accueillants ont joué le jeu : des tables se dressaient dans le lieu de la présentation ; des victuailles et des boissons apportés par tous se dégustaient en discutant. La notion d’échange se prolongeait ainsi, comme dans toute bonne fête !

 Est-il encore besoin de le prouver : la création artistique et la création agricole ont des points communs ; la parole d’un maraîcher « un beau légume se mérite, tu le réfléchis » pourrait être celle d’un metteur en scène : «  un beau projet se mérite, tu le réfléchis ».